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SNRL - France Numérique 2020 : la RNT ne doit pas passer à la trappe !


Eric Besson a cloturé la consultation publique du gouvernement « France Numérique 2020″. Il doit remettre son rapport dans quelques semaines.

Avant la remise d’un pré-rapport, une « fuite » journalistique publiée dans le quotidien « La Tribune », un peu provocatrice, révèle que le chantier de la Radio numérique est un échec et en conséquence abandonné. Or, une contribution officielle est parvenue au Ministre, celle du Syndicat National des Radios Libres, qui repésente le secteur associatif de la radiodiffusion, c’est a dire la majorité des entreprises en nombre, et la moitié des effectifs salariés de la radiodiffusion privée. On peut penser que le Ministre ne la mettra pas sous le boisseau, même sous la pression des grands groupes de la radio commerciale et des télécoms.

La volonté de ceux-ci n’échappe a personne : mettre en échec la Radio Numérique Terrestre, récupérer la Bande III affectée à la radio, et pourquoi pas in fine, faire sortir la bande III de l’attribution du CSA, puis organiser le marchandage de la ressource hertzienne au détriment des broadcasters.

Pour aller au fait : la contribution des radios libres a la consultation publique, que l’on retrouve sur le site du syndicat, reprend le rapport France Numérique 2012, dont les préconisations étaient le lancement de la RNT, proposées par le syndicat et adoubées par Nathalie Kosciusko-Morizet. Sous les coups de boutoir des grands groupes commerciaux, ces préconisations n’ont jamais été appliquées. Par malheur, le CSA, après avoir abandonné en rase campagne, sous le feu des »majors », 16 des 19 zones prévues pour la RNT, pour lesquelles six cent entreprises avaient candidaté, ne retourne toujours pas, depuis deux ans, les conventions d’exploitation pour les cent trente radios toujours retenues sur Paris, Marseille et Nice !

Cette contribution du syndicat des radios, qu’ Eric Besson ne peut pas passer sous silence, permet de repositionner les attentes des radios vis-à-vis de la RNT.

Pour le syndicat, il est nécessaire d’aller plus loin car, en dépit des attentes de nombreuses radios et de différents acteurs de l’audiovisuels, le gouvernement et le CSA semblent maintenir, encore aujourd’hui, un moratoire favorable aux grands groupes commerciaux. Certes, le rapport Tessier annonçant un coût de 100 M€ par an pour la collectivité, il est compréhensible que le gouvernement réfléchisse à deux fois dans le contexte actuel de conjoncture économique. Cependant, le SNRL ne peut permettre que l’avenir des radios associatives et indépendantes soit à terme exclu du paysage radio par un attentisme l’empêchant de migrer progressivement vers la radio numérique et de moderniser le média.

En soit, la RNT est un des supports techniques de la radio numérique, mais c’est le principal et c’est le passage incontournable pour maintenir l’audience lors de la transition. La meilleure preuve est le nombre de candidature de nouvelles radios et de web-radios pour la RNT. Quand on y regarde bien, ces radios n’ont pas de modèles viables sur internet sauf… si elles sont filiales d’un grand groupe média ! Ce n’est justement pas le cas des radios indépendantes et associatives ! La radio internet seule ne peut donc être le futur des radios. Il ne faut pas oublier non plus les radios commerciales plus modestes, fortes contributrices au pluralisme du paysage français et qui cherchent à se développer. De la radio régionale à la radio thématique nationale, nombreuses sont celles qui affirment avoir un modèle économique pour se lancer en RNT.

Le coût de la double diffusion n’est éventuellement un problème que pour les groupes ayant des avantages acquis. Libres à eux de ne pas y aller et de se rallier au succès en marche de la RNT, telle la tactique déjà vue en FM dans les années 80. Si la seule question de fond est le financement de la double diffusion de Radio France et de la subvention des radios associatives, le SNRL propose une approche originale et souhaite en faire la démonstration par une étude sur la Bretagne dans la continuité du rapport Kessler: Radio France pourrait s’appuyer en grande partie sur le réseau des sites associatifs pour diffuser son multiplexe RNT afin d’atteindre plus de 95% de couverture nationale au lieu de passer par des diffuseurs privés. Cette approche réduirait drastiquement les coûts pour la collectivité puisque Radio France participe ainsi au financement du réseau associatif tout en réduisant ses propres coûts. L’investissement est fait localement dans le cadre d’un service public, éligible à des fonds de développement régionaux, et minimise les coûts récurrents. Les radios associatives qui désirent se lancer en RNT peuvent ainsi se professionnaliser. Elles alimenteront de plus le tissu régional car elles s’appuient traditionnellement sur des acteurs territoriaux.

L’expérience du GRAM à Nantes a déjà montré la capacité d’acteurs associatifs et de leurs partenaires (Radios commerciales indépendante, Radio France Internationale) à développer un site de qualité professionnelle. Il reste encore du travail pour généraliser ces pratiques mais cela semble réaliste. En réalisant une étude de dimensionnement sur la Bretagne, comme le souhaite le syndicat, il sera alors possible de connaître en direct la faisabilité globale d’une telle approche et les coûts réels de diffusion numérique ; les autorités pourront alors faire leur choix en connaissance de cause au deuxième semestre 2012.



La présence ou l’absence de la RNT dans le plan stratégique « France Numérique 2020 » permettra de faire un constat. Il sera révélateur de la volonté du gouvernement de favoriser l’ensemble du secteur de la radiodiffusion, ou bien les quelques grands groupes audiovisuels, et au delà les télécoms, au détriment des autres acteurs, sachant que le syndicat et ses partenaires font des propositions techniques et économiques permettant de considérer le dossier sous un angle favorable aux petites et moyennes entreprises de radiodiffusion, associatives et commerciales.

De ce point de vue, c’est bien du respect du pluralisme dont il est question avec la Radio Numérique Terrestre, garante d’un principe fondamental : l’accès gratuit et universel aux programmes de radio librement choisis.

Lundi 28 Novembre 2011
Bureau DR France
Publié sur http://www.radio-numerique.fr/SNRL-France-Numerique-2020-la-RNT-ne-doit-pas-passer-a-la-trappe-_a499.html?preaction=nl&id=16169609&idnl=101528&